A toi mon fils

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A toi mon fils

« A toi mon fils

Tu es né en plein naufrage et tu as fait en sorte de n’être un poids pour personne.

Tu t’es laissé flotter en attendant patiemment que la mer retrouve calme et sérénité. Sans faire de bruit, en te faisant oublier même.

Quand le soleil a remplacé les nuages, tu as souri mais sans vraiment prendre ta place, t’émerveillant de tout et de rien, te contentant de peu, et posant, déjà, un regard plein de curiosité et de sagesse sur le monde et sur la vie.

Tu n’étais pas exigeant, tu voulais seulement être entouré de ta famille. Loin d’être un navigateur au long cours, tu aspirais juste à jeter l’ancre quelque part.

Mais le bateau familial n’était pas fait pour rester à quai. Il rêvait de voyages, de destinées lointaines.

Et il t’a embarqué bien malgré toi dans cette quête éperdue. Loin, très loin de tes repères, de tes racines.

Tu n’as rien dit malgré ton incompréhension. Un pouce dans la bouche, bon gré, mal gré, tu as surfé sur les vagues de chacun. Parfois, un voile de tristesse passait dans tes yeux, mais tu ne disais rien. Etre près de ta sœur, près des tiens suffisait à ton bonheur. Comme te doucher sous une bonne pluie d’orage, te rafraîchir dans une bassine d’eau, construire des cabanes dans la forêt, manger des mangues ou des litchees cueillis dans les arbres, sauter de pierres en pierres dans le lit des rivières, découvrir la culture kanak qui te parlait tant…

Quand tu as cru avoir enfin trouvé un port tranquille, le temps s’est de nouveau gâté. Un tsunami a dévasté le navire avec lequel tu croyais pouvoir voguer à jamais. Tu as fait comme les marins, tu as serré les dents et tu as affronté le gros temps sans mot dire en espérant que le calme succéderait à la tempête. Jamais tu n’as quitté le navire, même au moment où il prenait l’eau de toute part. Au prix de mille efforts, tu as écopé pour maintenir le bateau à flot et la tête de tes proches hors de l’eau.

Quand ta sœur se noyait, tu as plongé sans hésiter dans la mer déchainée pour la sauver. Tu en as bu des tasses pour préserver les tiens ! Quand le mal de mer te prenait, tu te réfugiais en fond de cale, loin du monde, loin de tout, le temps que la mer se calme, le temps de reprendre des forces. Mais invariablement, tu revenais sur le pont, toujours prêt à remonter le moral de l’équipage.

Et quand, pressé par les éléments, le navire a décidé de retrouver son port d’origine, tes yeux se sont remplis de tristesse, mais une fois encore, tu n’as rien dit. Une fois encore, tu as suivi. Il n’était pas question pour toi d’abandonner le bateau, fut-ce au prix de ton bien-être, de tes amours, de tes envies.

Ce matin en imprimant l’étoile nautique sur ta main, tu as choisi de vivre ta propre destinée. Enfin. En choisissant l’étoile à cinq branches porte-bonheur des marins, celle qui les guide dans ce ciel que tu aimes tant contempler, tu as fixé ton cap, « celui du bonheur et de la joie » comme tu dis.

A 19 ans, tu as déjà vécu tant de vies… Celle qui t’attend désormais te réserve bien des surprises, bien des voyages, bien des rencontres. Mais sache que quoi que tu fasses, où que tu ailles, tu pourras toujours rentrer au port. Le bateau que tu as choisi en naissant sera toujours là pour t’accueillir et pour te combler d’amour.

Je suis fière de toi mon fils et je t’aime. » Christine Allix

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