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« L’assiette de frites

Un bar de gare un vendredi soir, un bar un peu froid voire glaçant, des gérants quasi retranchés derrière leur comptoir, des clients tout droit sortis de la cour des miracles. Peu engageant de prime abord, le patron finit par s’avancer pour prendre la commande.
– Un mojito, s’il vous plaît.
– Je ne fais pas le mojito.
– Alors, un rhum arrangé.
– Je ne fais pas le rhum arrangé.
– Vous n’avez pas de rhum ?
– J’ai du rhum, mais ni arrangé, ni mojito.
– Alors, mettez-nous deux verres de vin, merci.
Tout le long de la discussion, le patron est resté impassible. Pas une once d’émotion sur son visage, ni même un geste d’agacement. Un serveur au visage émacié qui semble avoir passé l’âge de la retraite depuis très longtemps, s’avance, le pas hésitant, et apporte deux verres de vin remplis à ras bord. A la première gorgée, nous nous regardons, un peu circonspectes, et nous éclatons de rire. Un petit vin de table un jour de pleine lune alors que les cheminots chantent et dansent dehors pour montrer au gouvernement qu’ils ne céderont pas, ne manque pas de piquant. Surtout au goût d’ailleurs ! Il devient urgent d’agrémenter notre piquette d’un petit grignotage. Nous hélons donc notre serveur préféré en l’informant, sans grand espoir, de notre souhait. Son visage s’éclaire alors d’un grand sourire et ses yeux d’une lumière incroyable. « Je m’en occupe », dit-il avant de disparaitre. De gorgée en gorgée, nous sommes presque arrivées au bout de notre « dégustation » et nous l’avons presque oublié, d’autant que première pleine lune de l’année oblige, nous avons entrepris de faire la liste, l’une et l’autre, de ce que nous ne voulons plus dans nos vies respectives. Et soudain, il arrive, comme un clown sorti de sa boite, une petite assiette de frites chaudes à la main et un énorme sourire aux lèvres, visiblement heureux de nous faire plaisir ! Il reviendra quelques minutes plus tard avec une seconde assiette sans que nous ne lui ayons rien demandé. Et du coup, piquette ou pas, nous reprendrons deux verres, juste pour faire honneur à sa gentillesse ! Tout ça pour dire qu’il ne faut vraiment pas se fier aux apparences. Quand on est entré dans ce bar immense et quasiment vide, on l’a trouvé froid, limite glauque. Et pourtant, derrière les attitudes distantes, les visages las, il y avait une vraie chaleur humaine qui s’est révélée au travers d’une vulgaire mais ô combien inattendue petite assiette de frites pleine de sens. Comme quoi, il faut se garder de juger… » Christine Allix


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