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« Le point d’exclamation ! Ce jour-là, le point d’exclamation avait encore vécu…

« Le point d’exclamation !
Ce jour-là, le point d’exclamation avait encore vécu une journée d’enfer. Il s’était retrouvé démultiplié dans une phrase qui demandait juste une correction… Et plus que jamais, il se sentait incompris.
– J’en ai vraiment marre !
Surpris, le point, bien plus paisible que son interlocuteur, l’interrogea.
– Mais que se passe-t-il ?
– On m’utilise n’importe comment. Et non seulement ça, mais on me double, on me triple, on me quadruple comme si je ne me suffisais pas à moi-même. Résultat, personne ne m’aime. Pire, ma seule vue met les lecteurs hors d’eux !
– Tu sais, personne ne sait vraiment comment nous utiliser…
– Tu as tort de dire ça. Toi, le point, quand on te fait intervenir, c’est pour mettre fin à quelque chose. A une phrase, à un chapitre, à un livre….
La virgule intervint alors.
– Respire, point d’exclamation, respire. Tu vas voir la vie d’une autre façon…
– ça te va bien de dire ça, toi, c’est ton rôle de donner une respiration au texte, de provoquer des pauses. Il suffit de lire le texte à voix haute pour te positionner aux endroits adéquats.
Le point d’exclamation finit par se mêler à la conversation.
– Mais pourquoi tu t’en fais comme ça ? On a chacun notre rôle, accepte le tien. Accepte d’être différent.
– Mais ce n’est pas le problème ! Toi, tu sers à poser une question. Rien de plus facile ! Moi, on m’utilise à n’importe quelle sauce, ce qui a le don d’exaspérer tous ceux qui me découvrent !
Les points de suspension ne pouvaient rester silencieux face à la colère de leur collègue.
– Mais de quoi te plains-tu ? Tu es le seul à pouvoir transmettre des émotions, des attitudes. La colère, l’impatience, l’admiration… Nous, on voudrait bien être aussi singuliers.
– Oui, mais vous, vous laissez ouverte la porte de tous les possibles…
– Certes, mais on ne s’engage pas comme tu peux le faire. Et nous, on ne change jamais de forme. On est né trois, on reste trois. Toi, tu es parfois seul, parfois plusieurs. C’est une sacrée chance !
– Ce serait une chance si on savait m’utiliser ! Le problème, c’est que pour un oui, pour un non, on me démultiplie, m’enlevant du même coup toute la signification que je pouvais donner au départ.
Le point-virgule intervint.
– Chacun de nous a sa propre fonction. Le deux-points ouvre à l’explication, le point-virgule sépare deux propositions à la l’interrelation faible, le trait d’union relie, le guillemet introduit la citation, la parenthèse isole pour mieux enrichir le récit, le tiret indique un changement d’interlocuteur, la majuscule indique le début d’une phrase, met en exergue un nom propre, détermine une fête… Nous pouvons, chacun, être mécontent de notre rôle ou insatisfait de l’utilisation, erronée parfois, que l’on en fait, mais toi, comme nous, nous contribuons à faire de la langue française ce qu’elle est : une langue aussi riche et subtile que l’âme humaine. C’est un privilège autant qu’une fierté.
Rasséréné par le témoignage de ses collègues de ponctuation, le point d’exclamation ne put tout de même s’empêcher d’ajouter sa petite conclusion à l’attention des utilisateurs potentiels.
– De grâce, utilisez-nous avec parcimonie et surtout avec justesse. C’est ce qui fera de vos écrits, des textes d’exception ! » Christine Allix


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