Marie Boschert ou l’art de cultiver l’instant présent

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Marie Boschert ou l’art de cultiver l’instant présent

Jeudi 29 octobre 2020. Dernier jour de liberté avant le confinement, acte II. Direction la vallée de la Rotja pour sonder les restaurateurs et commerçants déjà durement frappés par la déviation de la RN116, les Gilets jaunes et bien sûr le premier confinement. Beaucoup avaient déjà fermé boutique.

A Villefranche-du-Conflent comme à Fuilla-du-Milieu ou à Sahorre, portes closes, chaises retournées sur les tables et lumières éteintes. Seul le boucher de Sahorre, la fameuse maison Xifre, ne désemplit pas.

Quelques kilomètres plus loin, à Vernet-les-Bains, l’ambiance est un peu différente. Si les thermes se préparent à fermer pour une réouverture programmée (si tout va bien !) en avril 21, quelques restaurateurs ont déjà sonné la révolte.

Au Camp de base, le serveur s’active pour servir des « fish and ships » maison à faire pâlir les inventeurs de la spécialité. Il fait beau en ce jour d’automne, très beau même. Si ce n’est l’absence totale de visiteurs sur le petit marché de la place, difficile d’imaginer que nous sommes en pleine pandémie. La terrasse est pleine.

A l’une des tables, Marie Boschert, 75 ans, déguste des frites, le visage offert au soleil et les yeux brillants de gourmandise. « Ça, c’est le bonheur ! » Le corona peut bien se démener, il n’aura pas la vedette aujourd’hui ! Car Marie, adepte du moment présent, le déguste comme on savourerait un bon plat. Et engage la conversation avec son voisin de table, un jeune père de famille qui élève ses enfants très librement. « Vous savez, j’ai eu six enfants et je ne les ai absolument pas élevés de la même façon. On n’est pas la même mère à 23 ans et à 40 ans. Et heureusement ! Cela prouve que l’on peut évoluer. »

Pas d’âge pour réaliser ses rêves

Marie, infirmière  de formation, se passionne pour l’eau, le sens de l’alimentation, les rapports humains… et la formation ! « Je suis passionnée de nature. J’apprends encore tous les jours pendant deux heures. »

De la pandémie qui sévit, elle dit : « Cette catastrophe sanitaire ouvre d’autres consciences et d’autres connaissances. C’est merveilleux malgré tout ce qui se passe aujourd’hui. Il a fallu en arriver là pour que les gens se rendent compte de certaines choses. » Cette conscience, Marie l’a développée tout au long de sa vie, notamment quand elle a parcouru à pied et quatre mois durant, le Vietnam. « Il n’y a pas d’âge pour réaliser ses rêves. J’ai élevé six enfants et pas eu la vie toujours facile, mais je reste chaque jour émerveillée par ce que la vie nous offre. »

Autour de nous, les tables se vident peu à peu. Nous échangeons nos numéros de téléphone et nous promettons de nous revoir dès que possible. Le serveur apporte la note et précise qu’à partir de lundi, le Camp de base fera des plats à emporter. « Ce serait gentil de mettre un mot pour nous… »

Le marché a plié bagage, au contraire du soleil qui invite à une balade automnale d’autant plus salutaire qu’elle risque de ne pas se reproduire de sitôt.

Si le corona doit nous apprendre quelque chose, c’est bien de vivre l’instant présent avec avidité, intensité, authenticité et convivialité. Merci Marie pour ce bel échange qui prouve que, comme vous le dites si bien, « l’être humain n’est rien sans l’autre ». Et qu’il faut cultiver à tout prix la chaleur humaine et l’échange. 

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