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« Vague à l'âme…
Cette nuit-là, il avait beaucoup plu, tellement plu qu’il pouvait entendre la rivière d’où il était. Il se prit à rêver qu’enfin, peut-être, elle viendrait caresser sa proue. Il y avait si longtemps qu’il n’avait pas senti la caresse de l’eau… Là, dans ce champ où un homme, un jour, l’avait posé, le bateau se sentait si seul qu’il aurait donné n’importe quoi pour bouger. Il avait été conçu pour naviguer, pour se jouer des vagues et du vent, pour faire la course avec les dauphins et les baleines, pas pour servir de réceptacle des herbes folles. Il n’avait contre elles, d’ailleurs, il les aimait pour leur présence tendre et fidèle, mais il était fait pour l’eau, pas pour la terre. Qu’est-ce qui avait bien pu passer par la tête de son propriétaire quand il l’avait emmené là ? Il avait beau retourner la question dans tous les sens, il ne trouvait pas de réponse. Si encore, il avait pu servir de maison ou faire l’objet d’un projet de rénovation, il aurait peut-être pu se consoler ou prendre son mal en patience. Mais depuis qu’il était là, personne ne s’occupait plus de lui, ni même ne lui jetait un regard. On meurt de ne pas être à sa place, de répondre à des attentes qui ne sont pas les nôtres… Et lui mourait à petit feu, plus sûrement que si on l’avait fait brûler. Alors, ce matin-là, quand il avait entendu la rivière gronder, il avait juste envie de croire que c’était pour lui, qu’elle faisait tout son possible pour le rejoindre et l’emmener voguer vers des horizons sans fin, libre et heureux enfin. » Christine Allix




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